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Concours de vins

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Concours de vins

La foire à la médaille

Entre multiplication des concours et généreuse ­distribution des médailles, les distinctions dans le vin perdent en pertinence. Notre test de dégustation le prouve !

La scène se passe à Frontignan-la-Peyrade (Hérault), « capitale mondiale du muscat », le 4 juillet. Sous une chaleur de plomb, un groupe commence à se former à l’ombre de la maison Voltaire, où se tient la 18e édition du concours Muscats du monde. Ce sont des jurés qui sortent de deux heures d’un minutieux travail d’évaluation. Répartis en divers groupes (doux, secs, effervescents…), ils ont chacun évalué 15 vins. La conversation, pour ces habitués, tourne à l’échange d’anecdotes âpres sur les concours du printemps à Mâcon, Orange ou Paris : « J’ai vu un juré débutant formé au fur et à mesure de la dégustation par sa femme » ; « Sur ma table, un œnologue a reconnu – au brûlé du tonneau – le vin d’un ami et a insisté pour qu’on le distingue » ; « Deux comas éthyliques sur un week-end de concours, ce n’est pas normal. » Les concours de vins virent-ils au grand n’importe quoi ?

Le récompenses pleuvent

Depuis la création du Concours général agricole (CGA) par le ministère de l’Agriculture, en 1870, les compétitions viticoles se sont multipliées. Il y en aurait aujourd’hui près de 200 en France, dont 130 sont certifiées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). En 2013, seulement 11 étaient certifiées ! Cette inflation s’explique par l’attrait des consommateurs pour les médailles. « 70 % des Français estiment qu’il faut s’y connaître pour acheter du vin ; les concours sont une réponse à cela », analyse Louise Massaux, fondatrice de l’agence de communication Wine & Spirit Conseils. Il n’est pas certain que cette aide au choix soit vraiment efficace, car la réglementation française permet de distinguer jusqu’à 33 % des vins présentés. Tant pis pour le consommateur qui, en débouchant un « médaillé » d’or, pensait savourer le meilleur cru de sa catégorie. Dans le vin, la médaille signifie simplement que la bouteille, dégustée par trois à cinq personnes en moyenne, a dépassé une certaine note. Un peu comme si Que Choisir distribuait son qualificatif « meilleur choix » à près d’un produit sur trois.
« Cette règle des 33 % est liée à l’ancienne idée que la récolte, en France, serait divisée entre un tiers de bons vins, un tiers de vins que l’on peut arranger avec des assemblages et un tiers qui ne sont pas au niveau », décrypte Henri-Laurent Arnould, directeur de la Revue des œnologues et organisateur de cinq concours (dont Muscats du monde) à travers l’association Forum œnologie.
Les concours permettraient donc de mettre en avant le meilleur de la production, en ratissant large. Mais la conséquence de cette règle généreuse (pourtant sévère comparée à ce qui se fait au niveau mondial, certains concours distinguant 70 % des échantillons !), c’est que les breloques pleuvent. En additionnant les récompenses du Concours général agricole (4 025 médailles ont été distribuées en 2018, ce qui représente 25 % de lauréats), du Concours des grands vins à Mâcon (2 707, 31 %), du Concours international des vins à Lyon (1 786, 26 %), du Concours des Vignerons indépendants (1 757, 28,5 %) et du Challenge international du vin à Bordeaux (1 197, 32 %), on dépasse les 11 000 médailles. Imagine-t-on un autre domaine où les participants auraient une chance sur trois d’être récompensés ? « Il faut qu’un certain nombre de vins soient médaillés pour donner envie aux vignerons d’y croire, analyse le sommelier Emmanuel Delmas. S’ils n’avaient qu’une chance sur dix d’engranger une médaille, ils n’accepteraient pas de payer pour participer aux concours. »

Des jurys plus ou moins sérieux

Notre test de dégustation montre que les médailles sont loin d’être un gage d’excellence. Goûtés, pour Que Choisir, par deux groupes de quinze jurés de l’association Bien choisir son vin, ces bouteilles médaillées de la vallée du Rhône dépassent difficilement les 12 sur 20 (voir les résultats). Celles ayant obtenu une médaille d’or au CGA à Paris en 2017 obtiennent de 9,5 à 13,5 sur 20. L’hétérogénéité de ces notes s’explique par la diversité des pratiques et des jurys. « Dans nos concours, les dégustateurs sont tous des professionnels ayant suivi, à leurs frais, une formation spécifique sur le cépage qui les concerne », indique Henri-Laurent Arnould. À l’inverse, chez les Vignerons indépendants, les jurés sont des amateurs formés à la dégustation. « Le juré professionnel va veiller à ce que le produit soit conforme aux standards de l’appellation, tandis que nous voulons mettre en avant le goût du consommateur », justifie Jean-Jacques Jarjanette, directeur général des Vignerons indépendants. D’autres concours ne prévoient pas de formation mais demandent aux candidats de justifier d’une expérience de dégustation. Cependant, les contrôles sont rares et tous les dégustateurs ont un jour côtoyé « des gens qui n’y connaissaient rien », voire qui voulaient simplement boire à l’œil.
Les choix d’organisation affectent également les résultats. Quand certains concours mettent leurs dégustateurs à des tables individuelles, d’autres installent des tablées, avec le risque qu’un juré prenne l’ascendant sur ses voisins. Ensuite, certains concours se contentent d’agréger les notes laissées par les dégustateurs, quand d’autres demandent au jury (généralement de professionnels) d’aboutir à un consensus, après débat, avant de médailler un vin.

Un business fructueux

« Les médailles n’apportent pas une clientèle importante mais permettent de conforter nos clients historiques dans le choix de notre maison, témoigne Olivier Bonville, directeur des champagnes Franck Bonville, plusieurs fois primés au CGA et aux Vinalies. Cela dit, après une médaille, les supermarchés m’appellent directement mais je ne vends pas avec eux. » Les médailles visent bien souvent le même public que la grande distribution, à savoir le consommateur néophyte. En conséquence, les enseignes « sont prêtes à acheter plus cher un vin avec un macaron, confirme Emmanuel Delmas, car elles savent que c’est ce que recherche le client, et qu’il paiera un peu plus cher pour une médaille ». Un sondage informel mené par le Concours mondial de Bruxelles auprès d’acheteurs montre qu’une médaille augmente les ventes de vin de 18 % à 40 %. Et cela se cumule avec un effet prix. Emmanuel Paroissien (de l’université de Bordeaux) et Michel Visser (de l’université de Paris-Saclay) ont calculé, sur des vins de Bordeaux, qu’une médaille d’or faisait bondir de 13 % le prix de vente au négoce, et de 4 % pour l’argent et le bronze. Ils notent toutefois que seul un « petit groupe » de concours (le CGA, le Concours de Bordeaux, les Decanter Awards et le Challenge international du vin) a un impact significatif et se révèle rentable pour les vignerons. Car participer aux concours coûte cher : de 30 à 180 € par échantillon présenté. S’y ajoutent les frais d’envoi des bouteilles et, pour les lauréats, le coût des macarons à coller sur les bouteilles (jusqu’à 60 € pour 1 000 exemplaires). Alors que le nombre de participants et de médaillés se compte en milliers, ces frais font des concours un business très rentable. Plus que des médailles, les organisateurs ont trouvé une poule aux œufs d’or.

Foires aux vins

Le pari gagnant de la grande distribution

À grand renfort de catalogues, de publicités et de soirées spéciales, la grande distribution vous promet que les foires aux vins vous permettront de remplir votre cave sans vider votre portefeuille.

Les foires aux vins d’automne sont devenues incontournables à la rentrée, pourtant elles n’ont rien de traditionnel. La première a été organisée par E. Leclerc en 1973, pour démocratiser la consommation de vins de qualité et aider les vignerons à écouler leurs stocks avant la nouvelle récolte. Aujourd’hui, chaque enseigne met les bouchées doubles pour attirer les clients. Et pour cause, la foire d’automne (plus importante que celle de printemps, plus récente et dédiée aux vins d’été, moins chers) représente de 8 à 15 % du chiffre d’affaires annuel du rayon vins des enseignes. Leur croissance a été de 7 % en 2017, quand elles ont franchi pour la première fois la barre des 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais « la foire aux vins n’est pas qu’un enjeu de chiffres, c’est surtout une question d’image, de fidélisation du client et de découverte de nos gammes, tempère Jean-François Rovire, chef du groupe Vins chez Système U. C’est une vitrine, car le vin est l’un des rares rayons où l’on peut se différencier de la concurrence ».

Prix de vente moyen doublé

Si les enseignes se défendent de faire un coup marketing, les résultats sont là : pendant les foires, le prix moyen par bouteille vendue passe de 3,30 € à près de 8 €. « La grande majorité des produits est à moins de 8 €, mais la moyenne est tirée par notre sélection de grands vins, vendus à 15-20 € », précise Audrey Sonnendrecker, directrice du marché vin & effervescents du groupe Carrefour. L’explication ? « Les clients des foires sont plus experts que ceux du reste de l’année et veulent avoir de belles bouteilles à présenter pendant les fêtes. » Pour séduire ces amateurs éclairés tout en contentant les néophytes, plusieurs milliers de bouteilles sont goûtées. « Dès décembre, 350 professionnels du vin dégustent à l’aveugle 6 000 bouteilles. Parmi celles ayant obtenu plus de 13 sur 20, les représentants des magasins en choisissent 1 650 qui intégreront le catalogue en septembre », explique la directrice. Pour être dégustés, les vignobles doivent d’abord répondre à un appel d’offres, en spécifiant notamment les volumes disponibles. « Pour un bordeaux en couverture d’un tract, il faudra 50 000 bouteilles, mais 600 suffiront pour un vin du Jura qui ne sera disponible que dans ce département », précise Jean-François Rovire. Le développement du e-commerce, tendance majeure de 2018, permet d’aller encore plus loin en proposant des vins de niche en petite quantité. Autre évolution : le doublement de l’offre de vins bios, qui atteint 15 % du total chez Auchan et Système U, 12 % chez Casino, plus de 10 % chez Carrefour, 20 % chez Monoprix, jusqu’à 50 % chez Franprix et 100 % chez Biocoop. Mais en supermarché, et a fortiori à petit prix, il est peu probable de dénicher un cru exceptionnel. Quant aux grands vins, ils sont vendus à leur prix classique, les grandes maisons n’ayant aucun intérêt à les brader. La promesse des foires n’est donc qu’à moitié tenue.

Pratique

Où acheter son vin ?

Les différents vignobles français ne peuvent pas tous fournir les mêmes réseaux de distribution. Nos conseils pour bien acheter

► Alsace. Les blancs (gewurztraminer, riesling et pinot gris), y compris les grands crus, sont abordables. On peut trouver les vins des coopératives et du négoce en grande distribution. Les petits vignerons misent sur les cavistes et la vente directe à la propriété.

► Beaujolais. Les crus pâtissent de l’image véhiculée par le beaujolais nouveau, mais des vins de belle facture et abordables sont disponibles à la propriété ou chez les cavistes.

► Bordeaux. Leur achat en grande distribution est aisé : on y trouve de bons crus et quelques grands crus. La plupart des icônes de la région ont atteint des prix exorbitants et sont pour l’export.

► Bourgogne. Le vignoble est constitué de petites structures familiales, très morcelées, n’ayant pas les volumes suffisants pour la grande distribution. Restent la propriété
et les cavistes.

► Champagne. Les grandes marques de négoce sont disponibles partout. Les petits vignerons, souvent plus abordables et de qualité, sont présents chez les cavistes ou à la propriété.

► Corse. Très axée sur les rosés, la région compte aussi des blancs remarquables et des rouges de belle facture, mais ils sont peu présents sur le continent en dehors des cavistes.

► Languedoc-Roussillon. Grâce à des négociants dynamiques, le Languedoc a intégré la grande distribution. Chaque appellation propose des vins de petits domaines d’excellence.

► Jura et Savoie. Les vins de ces deux régions (petites sur le plan viticole), se trouvent au domaine où chez des cavistes très spécialisés.

► Provence. La région consacre 90 % de ses vignes au rosé. Les rouges, intéressants, s’en trouvent marginalisés. Achetez à la propriété ou chez un caviste avisé.

► Sud-Ouest. Madiran, cahors et autres AOC sont en progression, avec de nombreux domaines de qualité à privilégier pour l’achat.

► Vallée de la Loire. Le négoce régional, moins puissant qu’ailleurs, n’a pas ouvert les portes de la grande distribution, mais les rouges (chinon, saumur, bourgueil…) ou les blancs (chenin, sauvignon…) sont abordables à la propriété.

► Vallée du Rhône. L’achat à la propriété est à privilégier pour trouver l’excellence, tant pour le Rhône septentrional (Côte-Rôtie, Saint-Joseph…) que le Rhône méridional (Châteauneuf-du-Pape, Cairanne, etc.).

Bon à savoir : le prix moyen d’une bouteille vendue en grande distribution se situe à 3,30 € environ. Compte tenu des coûts de production des vins d’appellation d’origine contrôlée (AOC), il est difficile de trouver de bons vins d’AOC à moins de 7 €. De 7 à 15 €, les vins sont dits « super-­premium », tandis que les icônes s’affichent à plus de 50 €.

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